Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, point de metal au menu. Mais du rock. Du juteux. Du carnassier. Du dur. Du hard. Un truc méchant qui a sa place ici, bien plus que de nombreux disques soi-disant metal au final réalisés par des pieds-tendres pleurnichards.
Bad Reputation, on connait bien la maison. Depuis des années que l'on suit cette petite entreprise, pas mal de gifles nous ont été infligées : c'est les bas-joues encore tuméfiées que l'on se souvient avec émotion d'une bonne partie du catalogue de la boutique, hardiment défendu par nos soins pendant des années.
Ces derniers temps, c'est quasi exclusivement down under que le patron est allé se ravitailler en pépites : le rock australien est une affaire de coeur chez Bad Reputation et le label en fait bien davantage pour ce pays que bon nombre de locaux - dernièrement on avait adoré KING OF THE NORTH, et on sait que AIRBOURNE défend avec fierté les copains, quasiment tous rapatriés ici.
Bad Reputation n'aime ni les groupes de danseuses, ni ceux qui gémissent, encore moins ceux qui se mettent en scène pour récupérer un cliché : ici, on aime le cuir qui colle aux dessous de bras douteux, les décibels, l'authenticité et, si possible, les gonzesses. C'est tant mieux : THE MERCY KILLS sent aussi bien la sueur qu'il dégage des phéromones.
De Melbourne, deux types et deux nanas pratiquent un rock abrasif, entre hard et punk traditionnel, et ce depuis presque dix ans. Jen X Costello et Nathalie Gelle sont les deux cautions féminines du groupe (respectivement bassiste et guitariste), qui affrontent les deux mâles qui, entre nous, en ont dans le slip (kangourou). Parce que se mesurer à de telles rockeuses vociférantes, riot girls australes promptes à la castagne, semble déjà un gage en soi : le batteur Josh Black et la chanteur-guitariste Mark Entwistle possèdent déjà tout l'assurance de ceux qui ont vécu et qui n'ont peur de rien.
THE MERCY KILLS aurait pu incarner le groupe pivot de la série "Vinyl" de Jagger et Scorsese : c'est en toute simplicité l'esprit du punk, du rock'n'roll tel qu'il régnait dans l'underground des années 75-77 à New York, avant qu'on le célèbre et qu'on le sacralise dans des grandes messes institutionnelles fabriquées par des ex-prolos devenus les snobs branchés qui représentent aujourd'hui la misérable aristocratie rock que l'on méprise tant. En reprenant ainsi l'attitude et les codes des HEARTBREAKERS, d'Iggy Pop, des RAMONES ou des premiers Joan Jett et HOLE, ainsi que des LORDS OF ALTAMONT, les Australiens se cantonnent à un savoir-faire certes très limité et circonscrit par un jeu restreint, mais nom de dieu, les chansons sont là. Epoustouflantes, musclées, morveuses.
L'incandescent "In Flight" rappellerait le rock branché de leurs compatriotes de JET, du BLACK REBEL MOTORCYCLE CLUB ou du single star de THE SUBWAYS, "Rock'n'Roll Queen". Ou un putain de hard-rock qui pourrait foutre un sacré boxon à Rock en Seine et malmener les quelques milliers de puceaux qui s'y dandinent devant LA FEMME, petits culs de fiottes moulés dans du slim et Perfecto neuf payé par papa qui masque leurs fragiles épaules de petits bourgeois encanaillés. Message personnel, d'ailleurs : YOU SUCK.
Aucun temps mort sur ce premier album d'envergure européenne qui reprend de fait les quelques EP et enregistrements divers de la discographie du groupe : quatorze titres c'est long pour un LP punk, mais il n'y a ici aucun remplissage, seulement de l'efficacité, nerveuse, braillarde. "Say You Do", "Don't Give It Up" au petit parfum old-school, "Paradise Motel", les atomiques "Rain" et "So Cold", ou encore "Little Mercy", petite respiration pop aux relents post-punk : autant de refrains époumonés et scandés à voix mixtes qui se frayent un chemin sur un tapis de guitares barbelées.
On hésite à se déboîter les quatrièmes et cinquièmes cervicales ou à oser un pas de danse décomplexé sur l'hyper-efficace "Alone" suivi de "She Knows", après avoir été happé par le monstrueux "Can't Stop" en ouverture, brûlot épileptique qui aurait mérité d'être raboté de quelques mesures pour redescendre lui aussi à deux minutes et exceller dans l'urgence punkoïde avec ce refrain gueulard et ces choeurs aboyés par les deux chiennes de garde.
Enfin "Calling Out Your Name", dernière salve plus apaisée et nostalgique, repose toutefois sur un riff de fond accrocheur, un tempo et une ligne de chant qui évoque curieusement le meilleur d'OASIS sans pour autant trahir la personnalité du groupe, et dont l'intensité va crescendo.
Après avoir écumé tout ce qui bouge et braille sur la côte Est australienne, le label va devoir embarquer la moustiquaire et la machette pour rentrer un peu plus dans le bush et dénicher du rock primitif qui pique davantage - écoute-t-on ROSE TATTOO chez les aborigènes ? Gare aux dingos.
Allez, laissez tomber deux minutes le metal de couineuses et laissez-vous embarquer pour une passe express dans ce « Paradise Motel » aussi insalubre qu'humide.