A l’image du math metal, le jazz metal reste un genre toujours difficile à aborder pour un chroniqueur : il faut maîtriser les accords enrichis et les renversements, savoir différencier un mode mixolydien d’un mode phrygien, pouvoir compter les temps des mesures et analyser les nombreuses techniques des divers instruments afin de réaliser la meilleure critique possible.
Devant l’ampleur de la tache, soit on s’y connaît et on épate le lectorat en étalant sa science infuse, soit on ne s’y connaît pas et à ce moment-là il va falloir user de subterfuges pour paraître expert en la matière et surtout éviter de se ridiculiser.
Première technique : noyer le poisson par le recours de sujets parallèles comme l’historique du groupe ou des rumeurs, des détails dont le public est particulièrement friand.
Exemple : NOVA COLLECTIVE se partage de part et d’autre de l’océan atlantique. D’un côté, les Américains (bassiste et batteur) de TRIOSCAPES, formation qui a la particularité de ne compter aucun guitariste dans ses rangs mais un flûtiste/saxophoniste en lieu et place. De l’autre, le brillant claviériste et le six cordiste des Londoniens de HAKEN (4 albums à leur actif) dont le nom est inspiré d’un personnage fictif créé lors de soirées arrosées.
Chaque "partie" a travaillé par mail interposé avant de se réunir sous la houlette de Jamie King (BETWEEN THE BURIED AND ME) et de Rich Mouser (TRANSATLANTIC, Neal Morse Band) au mixage. On nage ici dans un jazz instrumental et progressif qui emprunte autant à DREAM THEATER ("Dancing Machines") qu’à Herbie Hancock ("Ripped Apart And Reassembled") toutefois sans réel équivalent dans le metal tant NOVA COLLECTIVE se situe au croisement des genres.
Deuxième technique pour ne pas paraître bidon, de loin la plus risquée, consiste à ponctuer le propos d’expressions pseudo-scientifiques en priant qu’aucun lecteur ne s’avise à vérifier les informations inventées. Il arrive parfois de tomber juste mais cela reste rarissime...
Exemple : les rythmiques complexes au possible de l’album sont étonnamment variées, alternant entre le mode midi-chlorien et le mode vulcain (les amateurs du 7ème art apprécieront - ndr).
On notera tout particulièrement le Fa bémol en quinte diminuée sur la 157ème mesure de l’excellent "State Of Flux" fort à propos, long morceau principalement marqué par l’utilisation du contre-temps à la batterie. Et que dire de "Air" aux effluves internationales, mêlant savamment les gammes afros et asiatiques pourtant antonymes ? C'est une merveille de polyrythmie subliminale où la production impeccable permet de suivre clairement les circonvolutions instrumentales de chacun des participants et d’en apprécier aisément toutes les subtilités, dévoilant toutes les richesses de « The Further Inside » au fil des écoutes…
Inutile d’espérer headbanger sauvagement dessus, NOVA COLLECTIVE se déguste par petites gorgées comme le bon vin, c’est pas la foire aux coups de boule !
Troisième technique : simuler une maladie incapacitante pour inciter ses collègues à vous remplacer dans la rédaction de la chronique…
Exemple : néant (note : cette technique ne marche pas souvent).