25 mai 2017, 19:14

AKROMA

Interview Matthieu Morand


AKROMA c'est la rencontre du chanteur Alain "Bob" Germonville et du guitariste Matthieu Morand en charge de toutes les compositions en rapport aux texte de Bob. Les thèmes sont choisis et l'inspiration musicale fait le reste. Le black metal symphonique du groupe s'influence des textes bibliques et c'est celui de l'Apocalypse qui est le focus de ce nouvel album, logiquement intitulé « Apocalypse (Requiem) », une façon de faire le parallèle entre les textes sacrés et le monde d'aujourd'hui. Similitudes concrètes et réaliste ? Nous avons voulu en savoir plus sur le choix et les idées d'AKROMA pour ce quatrième album enregistré avec le batteur Dirk Verbeuren avant qu'il ne rejoigne MEGADETH...


Votre nouvel album "Apocalypse (Requiem)" est paru le 12 mai dernier, comment est née l'idée d'un requiem ?
L’idée du Requiem est née petit à petit lorsque nous avons discuté de la thématique et du concept. Bob avait cette idée de la fin du monde, en se basant sur l’Apocalypse de Saint-Jean. Nous étions en train d’écrire une sorte de messe pour une planète mourante, à l’agonie. Et dans la liturgie catholique, un requiem est une messe qui a lieu juste avant un enterrement. Cette messe obéit à une certaine structure avec des textes spécifiques. Nous avons donc transposé tout cela à notre univers. C’est pourquoi nous avons baptisé l’album « Apocalypse » car nous reprenons le thème Biblique qui clôture le livre et nous avons opté pour la forme musicale d’un Requiem ; qui sous-titre l’album.

    
Penses-tu qu'il est plus facile de choisir le thème et les textes avant de travailler sur la musique ? Les textes peuvent certainement influencer la structure musicale non ?
Pour moi il m’est indispensable de connaitre le thème général avant de composer. Cela me donne les bases de l’ambiance que je veux créer pour un disque en particulier. C’est très important afin de donner une cohérence au projet sur lequel je travaille. Même si c’est juste une trame très vague, inconsciemment cela joue énormément. Ensuite pour les textes, les 2 méthodes peuvent fonctionner. J’ai composé 2 albums d’AkromA avant d’avoir les textes (Sept et Apocalypse) et 2 autres en ayant déjà les textes (Seth et La Cène). Mais chaque expérience d’écriture est unique et demeure totalement dépendante du monde qui t’entoure et de ton état d’esprit du moment. Pour moi l’écriture est un exutoire qui me permet d’exprimer mes pensées les plus sombres et malsaines, c’est surement ce qui me donne un certain équilibre mental ahahah. 

Pour quelles raisons avoir choisi au départ l'ange de la colère comme nom pour le groupe ? C'est depuis le début une colère dénonciatrice ou totalement romancée ?
J’étais un joueur invétéré du jeu de cartes Magic à l’époque où j’ai monté ce groupe. En cherchant un nom je me suis penché sur un certain nombre de personnages de ce jeu et AkromA m’a accroché tout de suite. Un nom qui claque, c’était vraiment ce que je cherchais ! En plus de cela, j’avais habitude de jouer « blanc pur » (les joueurs de Magic reconnaitrons) et AkromA, l’ange de la colère, faisait partie de mon jeu. Notre propos est construit un peu à la manière d’un film, avec un début, une histoire, un dénouement donc c’est totalement romancé. 

Quel a été le déclencheur qui t'a donné envie de diriger ta musique vers un black metal symphonique et progressif ?
A l’époque j’écrivais exclusivement pour mon groupe ELVARON. Cependant j’avais quelques titres bien trop violents pour du heavy prog, que j’avais donc laissé de côté. Et puis j’ai rencontré Bob car j’enregistrai alors une démo pour son groupe Tormented Souls. J’ai été tout de suite scotché par ses capacités vocales incroyables en chant extrême. D’ailleurs Dirk Verbeuren ne s’était pas trompé en le recrutant dans Scarve suite à cela. J’ai perdu Bob de vue pendant quelques années mais quelque part j’avais l’idée d’associer mes compos les plus extrêmes avec sa voix. En 2003, au hasard d’une rencontre, il m’a dit qu’il ne faisait plus partie de Scarve et je lui ai parlé de mes compos en standby. Ma culture du prog était très présente dans ces titres et j’avais aussi envie de leur donner une dimension assez symphonique. Mes références en la matière étaient alors Kovenant, Cradle Of Filth, Dimmu Borgir et Dream Theater. Et c’était d’ailleurs un peu cela que je voulais, une sorte de création diabolique entre Cradle Of Filth et Dream Theater avec le côté épique de Dimmu Brogir…


C'est une bonne carte de visite que d'avoir Dirk Verbeuren à la batterie sur l'album ?
Bien entendu mais nous connaissons Dirk depuis 20 ans maintenant, Bob a enregistré plusieurs album avec lui à la période de Scarve. Nous avions évoqué son nom dès le premier album d’AkromA donc il était presque inévitable que cela arrive un jour ! Il a accepté d’enregistrer l’album dès la fin 2015 soit bien avant qu’il ne rejoigne Megadeth. 

Vous lui avez laissé carte blanche pour ses parties ? Tout était composé quand il a commencé à travailler dessus ?
Disons que j’avais balisé les grandes lignes de ce que je voulais et que Dirk a été libre de se les approprier, de les modifier, de les faire évoluer. Donc l’interprétation a été basée sur le principe de la carte blanche totale. Parfois nous avons discuté de telle ou telle partie que je jugeais trop éloignée de ce que je voulais au départ. Mais cependant au final, c’est Dirk qui avait la bonne interprétation à chaque fois, je lui ai fait confiance dans ses choix artistiques. 

Pour en revenir au thème de ce nouvel album, il s'agit donc de l'Apocalypse sur terre mais selon Bob et pas St Jean, le créateur se venge des hommes qui détruisent la Terre ?
Oui c’est un peu ça. Il y a plusieurs niveaux de lecture mais quelque part il y a une forte corrélation avec l’évolution de notre monde actuel et de la lente agonie de notre planète. La terre est détruite successivement par des ravages causés par les 4 éléments : l’eau, l’air, le feu et la terre. Ceci conduit inévitablement à la fin de toute espèce animale et au final à l’extinction de la race humaine. Le thème de l’Apocalypse est donc interprété de manière un peu libre mais néanmoins moins « surnaturelle » que dans la Bible : pas de morts qui se lèvent de leurs tombes, pas d’hydre à 7 têtes, pas d’anges qui descendent sur terre… Rien que des trucs beaucoup plus terrifiants car davantage plausibles…  

Vous n'avez jamais eu de plainte, de l'église par exemple, qui vous reprocherait de détourner les textes de la Bible ?
Non pas du tout, et je ne crois pas que l’Eglise perde son énergie à faire cela. La Bible est un livre que chacun est en droit de s’approprier comme il le souhaite. Nos propos ne sont ni pro-chrétiens ni blasphématoires ; il s’agit simplement d’utiliser les thèmes de la Bible comme trame d’un scénario ; mais à la sauce AkromA ! Et puis nous avons 2 prêtres dans nos auditeurs réguliers, dont l’un d’entre eux, le père Bertrand Monnier, nous a ouvert les portes de son église pour tourner le clip de « Simon ». Il m’a par ailleurs invité à participer à quelques tables rondes et conférences à destination de ses paroissiens. 

Serait-il difficile de retranscrire tout ce qu'il y a sur un album d'AKROMA sur scène ?
Oui c’est indéniable car il y a beaucoup d’éléments que nous souhaiterions pouvoir refaire à l’identique : les arrangements joués par un orchestre, le chœur, rejouer l’intégralité de « La Cène » avec tous les chanteurs invités sur l’album. Ce n’est pas envisageable sur le court terme car nous ne voulons pas juste nous produire sur scène, nous envisagerions un véritable spectacle. En fait il s’agirait de mettre autant d’énergie, de temps et de passion que pour créer un album. Regarde par exemple les shows exceptionnels de Dimmu Borgir, c’est le genre de production dont nous rêvons.

Si c'est envisageable un jour, il serait intéressant de vous voir participer au Metal Opér'Art de Strasbourg non ? Que pensez-vous de cette expérience ?
Cela pourrait tout à fait être le genre d’expérience totalement en accord avec notre vision d’AkromA. Venant à la fois du milieu de la musique classique et celui du métal, je ne peux qu’encourager et saluer de telles initiatives. J’espère que cela donnera des idées à d’autres directeurs d’Opéras d’ouvrir leurs portes. La saison musicale n’ayant pas d’activité l’été par exemple, cela serait le bon moment pour laisser les lieux à des expériences comparables. 

Quel est votre plus grand souhait pour le futur d'AKROMA ?
Je crois que mon plus grand souhait pour AkromA serait d’avoir la reconnaissance de nos pairs ; qu’un jour Dani, Galder ou Insahn me passe un coup de fil pour dire « Hey mec, pas mal du tout ».


Blogger : Christophe Droit
Au sujet de l'auteur
Christophe Droit
Animateur radio chevronné de la région toulousaine, fidèle partenaire de HARD FORCE depuis toujours, Christophe, alias "Godzilla", a participé à l'élaboration du projet Radio Force (CD & Musique) encarté dans le magazine jusqu'en 2000. Depuis 2008, il supervise l'équipe et l'actualité dans HARD FORCE et sur Facebook et anime de très nombreuses émissions sur HEAVY1, notamment NOISEWEEK tous les vendredis soirs, consacrée à l'actualité discographique de la semaine.
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