16 février 2019, 10:11

IRON MAIDEN

• Please Professor Maiden, teach me! (Part 5)


Si nombre de formations (la plupart même) inventent leurs textes de toutes pièces, IRON MAIDEN a depuis le départ choisi la littérature, le cinéma ou encore l’Histoire comme points d’ancrage des paroles de la plupart de ses chansons. C’est ce postulat qui fait qu’aujourd’hui, vous allez pouvoir combler éventuellement quelques lacunes et, comme cela a été le cas pour moi, apprendre quelques "trucs" qui vous feront à coup sûr briller en société ! Un album à la fois, dans l’ordre chronologique de leur sortie dans la discographie du groupe.

Un grand merci à Laurence Faure et l’aide précieuse qu’elle m’a apportée à l’élaboration de cet article.
 

« Powerslave » (1984)

"Aces High"

Nous avons eu droit en France à la série Les Chevaliers Du Ciel avec les héros Tanguy et Laverdure, ce
dernier interprété par Christian Marin, inoubliable Merlot dans quelques films de la série des Gendarme avec Louis de Funès. Plus sérieuse dans le traitement, l’Angleterre a eu, elle, le film Aces High (Le Tigre Du Ciel en VF), réalisé en 1976, l’année de L’Aile Ou La Cuisse en France. L’intrigue du long métrage narre la vie sur le front durant la Première Guerre mondiale du Major John Gresham, campé par Malcolm McDowell (Orange Mécanique entre autres) et du Lieutenant Croft joué par Peter Firth, tous deux affectés sur une base dans le Nord de la France.
 


 

Dans ce morceau, on relève la phrase suivante : « There goes the siren that warns of the air raid » signifiant « Voici la sirène prévenant d’un raid aérien ». Ce qui est à relever ici est l’accointance avec le surnom gagné dès 1982 par le chanteur Bruce Dickinson, surnommé « Air Raid Siren » en raison de sa puissance vocale. Bien qu’elle ait été composée par Steve Harris uniquement, on se doute de la résonance particulière qu’elle a eue sur le chanteur féru d’Histoire en général, et d’aviation en particulier. Pour anecdote, la chanson "Aces High" a été utilisée dans le film Incident At Channel Q (1986) qui n’a, lui, rien à voir avec le domaine de l’aviation ou de la guerre.

Pour aller plus loin, le chanteur a acquis il y a quelques années un Focker DR1, un triplan ayant servi durant la Grande Guerre, modèle célèbre pour avoir été piloté par Le Baron Rouge (nous y reviendrons pour l’album « The Book Of Souls »). Les spectateurs ayant assisté au concert d’IRON MAIDEN donné lors de l’édition anglaise du festival Sonisphere en 2014 ont eu le privilège d’assister peu avant le début de leur set à une exhibition donnée par le chanteur/pilote et la troupe The Great War Display Team, à laquelle appartient Bruce, reproduisant une scène de combat spectaculaire, passant au-dessus du public pour un rendu juste incroyable. Voici une vidéo ci-dessous résumant ce moment unique, jamais reproduit ensuite lors d’une telle manifestation.
 


 


Lors de la récente tournée « Legacy Of The Beast Tour » passée en France en 2018, c’est "Aces High" qui ouvrit les concerts de manière spectaculaire avec l’apparition au-dessus de la scène d’une réplique d’un Spitfire grandeur nature. Effet garanti.
 


"2 Minutes To Midnight"

L’horloge de l’apocalypse (The Doomsday Clock en VO), une évocation qui fait trembler. Mais quel rapport avec cette chanson ? Eh bien, elle parle de cette fameuse horloge symbolique dont l’heure a été fixée à 23h58 pour la première fois en septembre 1953. Minuit représentant la fin de l’humanité, vous comprendrez donc qu’à minuit moins deux, nous ne sommes pas loin du désastre. Et vous allez rire (façon de parler), nous sommes à ce jour et à nouveau réglé sur « 2 Minutes To Midnight » et ce depuis peu, la faute en partie aux problèmes climatiques, à l’instabilité de Trump et aux menaces de guerre que ses errements, frasques et sorties médiatiques peuvent engendrer vis-à-vis des autres gouvernements anti-américains. Un article récent de la revue Sciences Et Avenir s’en fait d’ailleurs l’écho (cliquez sur le titre pour y accéder).
 


"The Duellists"

Escrimeur chevronné (la chanson "Flash Of The Blade" sur ce disque rend par ailleurs hommage à cet art), il ne se passe pas encore à ce jour une tournée sans que Bruce Dickinson, chanteur du groupe, n’emporte avec lui son équipement afin de s’entraîner à cette pratique. C’est donc presque une évidence que de trouver dans la discographie d’IRON MAIDEN des morceaux se rapportant à l’épée. Ainsi, "The Duellists" trouve sa source dans le film du même nom réalisé par Ridley Scott (Alien, entre autres) sorti en 1977 avec dans les rôles principaux, Keith Carradine et Harvey Keitel. Il est adapté d’une nouvelle intitulée Le Duel écrite en 1908 par Joseph Conrad. Le synopsis situe l’action en 1800 à Strasbourg où le lieutenant Féraud du 7e Régiment de Hussards blesse le neveu du Maire durant un duel à l'épée. Le brigadier-général Treillard ordonne alors au lieutenant Armand d'Hubert du 3e Régiment de Hussards de le retrouver pour le mettre aux arrêts. D'Hubert retrouve Féraud dans le salon d'une dame, et ce dernier prend l'ordre d'arrêt pour un affront et incite d’Hubert à un duel au sabre, qui s'achève à l'avantage de ce dernier.
 


"Back In The Village"

Si l’accorte Charlotte voit son histoire être narrée dans une trilogie débutant en 1980 pour s’achever en 1992 ("Charlotte The Harlot" sur « Iron Maiden » en 1980, "22 Acacia Avenue" sur « The Number Of The Beast » en 1982 et "From Here To Eternity" sur « Fear Of The Dark » en 1992), c’est sous la forme d’un diptyque que la série Le Prisonnier s’est vue explorée. Différentes interprétations des paroles ont été faites, certains n’y voyant que de simples références à la série là où d’autres y décèlent des analogies avec le domaine de l’aviation et son langage codé. On peut entendre dans les paroles la phrase suivante : « I see sixes all the way » (« Je vois des six partout ») ou « There’s a fox among the chickens » (« Il y a un renard dans le poulailler »). Pour ce qui est des « six », on a avancé l’hypothèse que ce soit en rapport avec le morceau "The Number Of The Beast". Quant au renard, la comparaison est faite avec le prisonnier qui menace l’ensemble des habitants du Village et semble être l’habitant le plus – le seul ? –dangereux. Or, les deux termes combinés, « six » et « fox » rappellent les codes de l’aviation qu’un pilote reçoit avec le code « Fox 6 » signifiant qu’un lâcher de bombes au napalm va être effectué.

Ce village existe et peut être visité. Il se trouve à Portmeirion sur la côte de Snowdonia, dans le Gwynedd, au nord-ouest du pays de Galles. Il est composé d'un ensemble d'édifices remarquables construits entre 1925 et 1978 par l'architecte et milliardaire excentrique, Sir Clough Williams-Ellis, se caractérisant par une architecture italienne.

Image tirée d'un épisode de la série Le Prisonnier.
 


Photo du vraie village de Portmeirion
 


"Powerslave"

Morceau-titre et colonne vertébrale de l’album, cette chanson se base sur l’Ancienne Egypte, ses concepts et raconte l’histoire de Pharaon sur le point de mourir. Considéré toute sa vie comme un Dieu, il ne comprend pas pourquoi il n'est pas immortel et déplore d’être un esclave au pouvoir de la mort, un esclave de son propre pouvoir même.

“Tell me why I had to be a Powerslave
I don't wanna die, I'm a God,
Why can't I live on?”

« Dites-moi pourquoi je dois être un esclave du pouvoir
Je ne veux pas mourir, je suis un Dieu
Pourquoi ne puis-je pas continuer à vivre ?
 »

Dans une interview donnée à Enfer Magazine en octobre 1984, Bruce a indiqué que ce titre avait des liens avec le morceau "Revelations" (sur l’album « Piece Of Mind »), qui incluait des références à la mythologie égyptienne notamment, mais il estimait qu’il manquait quelque chose, ce concept de vivre après la mort (Live After Death en anglais, ce qui vous donne également un lien avec le titre d’un album live culte paru en 1985), un concept que l’on retrouve fréquemment dans la mythologie de l’Ancienne Egypte. Sont évoqués dans cette chanson le dieu Horus et le dieu Osiris.

“Into the Abyss I'll fall - the eye of Horus
Into the eyes of the night - watching me go
Green is the cat's eye that glows -
In this Temple
Enter the risen Osiris - risen again.”

« Dans les abysses je tomberai – l’oeil d’Horus
Dans les yeux de la nuit – me regarde y aller
L’œil vert du chat luit –
Dans ce temple
Rejoins Osiris ressuscité – A nouveau ressuscité.
 »

L’origine d’Osiris est obscure mais en – 2400 avant notre ère, il joua un double rôle. Il personnifiait le dieu de la fertilité et incarnait le roi mort, dieu du monde souterrain. Le roi vivant, fils du défunt, fut appelé Horus, le Dieu du ciel. Osiris et Horus étaient donc père et fils. La déesse Isis était la mère du roi mais aussi celle d’Horus et femme d’Osiris. Ce dernier, selon la mythologie, fut massacré par le Dieu Seth, qui découpa son corps en quatorze morceaux qui furent éparpillés partout sur Terre. Isis et sa sœur Nephtys trouvèrent les morceaux et les enterrèrent, à l’exception de son phallus, permettant de redonner vie à Osiris, resté dans l’au-delà en tant que souveraine et juge. Horus s’est alors battu avec succès contre son frère Seth et est devenu le nouveau roi d'Egypte. Insistons sur le fait qu’Osiris n’a pas eu de résurrection comme on pourrait l’entendre mais embrasse le concept d’immortalité, que ce soit dans l’au-delà ou pour ses descendants sur Terre.

Représentation d'Osiris
 


 

Horus est souvent représenté uniquement par le symbole de l’œil. Nommé aussi l’œil oudjat, signifiant complet. A la mort d’Osiris, c’est son frère Seth qui reprit le pouvoir en Egypte. Voulant venger son père, Horus part en guerre contre son oncle. Au bout de nombreuses batailles, Seth est vaincu et Horus reprend le trône d’Egypte. Cependant, pendant une bataille, Horus perd un œil. Ce dernier, brisé en 6 morceaux, est reconstitué par Thot et rendu à son propriétaire. L’œil est ainsi devenu le symbole de la victoire du bien sur le mal. Il symbolise également l’entier, la santé et l’intégrité. Il était utilisé en Egypte comme une sorte de porte-bonheur. On le pensait, en effet, capable de protéger contre les maladies.
 

     


L’oudjat était aussi utilisé par les Égyptiens comme indicateur des fractions : l’hékat, une unité de volume servant aussi bien pour les liquides que les solides. Cependant, la somme des fractions de l’oudjat ne fait que 63/64. En effet, dans la légende, lorsque Thot rassembla l’œil perdu d’Horus, il en manqua un morceau. Thot ajouta donc le 1/64 restant pour permettre à l’œil de fonctionner. Ainsi, l’oudjat devint également un symbole de connaissance car c’est Thot qui apportait le 1/64 manquant aux calculs des scribes, qui se plaçaient ainsi sous sa protection.
 

     


"Rime Of The Ancient Mariner"

La Complainte du vieux marin est un poème de l'auteur britannique Samuel Taylor Coleridge (1772-1834) composé entre 1797 et 1799. De style romantique, ce très (très !) long poème décrit les aventures surnaturelles d'un capitaine de bateau qui fit naufrage. Souvent décrit comme une allégorie chrétienne, il n’en est pas moins digne d’une mini-pièce de théâtre musical tel que MAIDEN l’a joué sur scène, spécialement en 2008-2009 sur la tournée « Somewhere Back In Time » où un Bruce grimé et un fond de scène représentant un navire délabré ont fait de ce titre épique (13 minutes au compteur !) l’un des moments forts du show.

Samuel Taylor Coleridge
 


 

La scène en 2008-2009 pendant l'interprétation du morceau
 


« Day after day, day after day,
We stuck, nor breath nor motion;
As idle as a painted ship
Upon a painted ocean.

Water, water, everywhere,
And all the boards did shrink;
Water, water, everywhere,
Nor any drop to drink. »

« Et jour après jour, et jour après jour,
Nous restâmes encalminés ;
Aussi figés qu’un dessin de navire
Sur un océan dessiné.

De l’eau, de l’eau, partout de l’eau,
Et les planches racornissaient ;
De l’eau, de l’eau, partout de l’eau,
Et pas une seule goutte à boire. »

Gustave Doré
 


 


Les anglophones peuvent consulter le texte original en cliquant sur ce lien. Le poème a été magnifiquement illustré par Gustave Doré (1832-1883) et un site a mis en parallèle ces illustrations ainsi que le texte traduit que vous pouvez aller voir en cliquant sur ce lien.

Et pour clore ce cinquième chapitre, la vidéo de "2 Minutes To Midnight" qui bénéficie d’un scénario dans lequel des membres du gouvernement forment une société secrète (Illuminatis, si vous nous lisez…) et l’on peut voir que l’un d’entre eux utilise comme boutons de manchettes l’œil d’Horus. Sur un écran de télé consulté, un des protagonistes est en train de visionner le groupe interprétant le morceau sur scène.
 


« Iron Maiden » (1980)
« Killers » (1981)
« The Number Of The Beast » (1982)
« Piece Of Mind » (1983)
 

Photos – Source : Wikipedia Creative Commons

Blogger : Jérôme Sérignac
Au sujet de l'auteur
Jérôme Sérignac
D’IRON MAIDEN (Up The Irons!) à CARCASS, de KING’S X à SLAYER, de LIVING COLOUR à MAYHEM, c’est simple, il n’est pas une chapelle du metal qu'il ne visite, sans compter sur son amour immodéré pour la musique au sens le plus large possible, englobant à 360° la (quasi) totalité des styles existants. Ainsi, il n’est pas rare qu’il pose aussi sur sa platine un disque de THE DOORS, d' ISRAEL VIBRATION, de NTM, de James BROWN, un vieux Jean-Michel JARRE, Elvis PRESLEY, THE EASYBEATS, les SEX PISTOLS, Hubert-Félix THIÉFAINE ou SUPERTRAMP, de WAGNER avec tous les groupes metal susnommés et ce, de la façon la plus aléatoire possible. Il rejoint l’équipe en février 2016, ce qui lui a permis depuis de coucher par écrit ses impressions, son ressenti, bref d’exprimer tout le bien (ou le mal parfois) qu’il éprouve au fil des écoutes d'albums et des concerts qu’il chronique pour HARD FORCE.
Ses autres publications

2 commentaires

User : Steph BERMOND
Steph BERMOND
le 16 févr. 2019 à 12:35
Grand merci. Quel plaisir de vous lire. ... Up the irons
User : Jérôme Sérignac
Jérôme Sérignac
le 16 févr. 2019 à 17:44
:) Merci Steph ! Quelque chose me dit que la lecture de "Somewhere In Time" va provoquer un vif émoi... Quant à "Seventh Son..." ... Et c'est comme ça pendant onze semaines encore, tous les samedis ! Bonne lecture !
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