14 juin 2020, 18:15

HOWARD

• Interview


En mars dernier, nous vous annoncions la sortie du premier album de HOWARD, le trio parisien qui s'illustre par un chant solaire, une guitare incendiaire, un orgue déchaîné, un synthé basse tellurique et une batterie écumante, et sa présence en première partie de KADAVAR pour fêter dignement l'arrivée de « Obstacle ». Mais c'était sans compter la décision du confinement lié à l'épidémie de COVID-19. Dans ce contexte, difficile de ne pas passer inaperçu, sauf de proposer une musique efficace, dynamique et originale comme HOWARD la propose. Afin de reprendre nos vies là où nous les avions suspendues le 17 mars dernier, nous avons contacté le groupe pour lui poser quelques questions...


Afin de mieux vous connaître, pouvez-vous nous raconter comment est né HOWARD ? 
Tom : HOWARD est un trio né en 2017 composé de JM au chant et à la guitare qui vient de Normandie, Raph à la basse et aux claviers originaire d'une région à mi-chemin entre la Normandie et le Limousin et moi de Bretagne à la batterie. Lorsque JM a décidé de monter un trio fuzz-rock, on travaillait tous les trois dans les environs de Paris. Pour ma part, je connaissais déjà JM d'un autre groupe grâce à internet et c'est aussi par ce biais que nous avons rencontré Raph qui cherchait un projet dans lequel il pourrait tenir une basse (moog) à la main gauche en continuant à dérouler de l'orgue de la droite. Depuis, nous avons sorti un EP en 2018, un album en mars 2020 et nous avons traîné nos flightcases sur une soixantaine de concerts dans toute la France.    

Quel est votre parcours individuel en tant que fan et musicien ?
Tom : Quand j'ai rencontré mes comparses, je tapais déjà des fûts sous les exhortations d'un super professeur de batterie de Belfast dans un registre quand même bien rock. 
Raph : Je me suis mis au piano et claviers vers 11 ou 12 ans, je faisais déjà de l’accordéon depuis tout petit et arrivé au collège, les goûts changeant, l’envie de monter un groupe se faisant sentir et la découverte du rock m’ont dirigé vers cet univers des claviers sauce énergie. Plus tard et après des études de physique, j’ai fait la Music Academy International, une incroyable école sur Nancy dans laquelle on ne fait que de la musique pendant une année bien remplie. Après avoir accompagné quelques artistes, j’ai fait le choix de plutôt me lancer avec JM et Tom dans HOWARD où tout était à construire.
JM : J’ai commencé la guitare au début du collège pour copier mon grand frère, du coup j’ai appris en droitier alors que je suis gaucher, pour pouvoir lui piquer son matériel. J’ai suivi des cours particuliers avec un super professeur qui a vite compris que j’étais là pour apprendre Neil Young et LED ZEPPELIN. Il a su injecter des doses de théorie là-dedans tout en gardant la chose ludique. Assez vite la musique est devenue une part très importante de ma vie, et après un diplôme de technicien son et quelques années de tournée derrière la console, je me suis fait rattraper par l’envie d’être sur scène, avec en toile de fond ce vieux rêve de monter un trio avec de l’orgue. Comme l'a dit Tom, nous nous sommes rencontrés sur Internet, et on a vite compris que nos univers musicaux allaient bien fonctionner ensemble !

Pourquoi avoir choisi le prénom Howard ?
Tom : HOWARD vient de Howard Phillips Lovecraft, un auteur majeur du fantastique, que l'on apprécie beaucoup. Plus que sa mythologie emblématique autour de Cthulhu, c'est davantage sa méthode de narration qui nous séduit : un point de vue interne qui permet de se concentrer sur le ressenti immédiat du protagoniste, ses états d'âme par rapport à une situation bien précise. L’ambiance de ses récits est souvent assez oppressante, on sent bien que les ennuis ne sont jamais bien loin, c’est aussi ça qui nous plaît. Choisir HOWARD comme nom de groupe, c’est un hommage à peine caché, au final. Mais l'avantage c'est que tu peux le prononcer en français comme en anglais, les deux fonctionnent. C’est plus important qu’il n’y paraît   !

Dit ainsi, cela devient évident, ce qui l'est moins avec votre musique qui est plutôt dynamique et entraînante. Aux antipodes de l'univers sombre, angoissant et terrifiant de Lovecraft qui inspire généralement plutôt le metal extrême. De ce fait, cette référence semble être purement littéraire et ne se traduit ni dans la musique ou les textes...
Tom : Oui, même s’ils en ont pas le monopole, l'influence lovecraftienne est vraiment féconde dans des milieux plus progressifs ou extrêmes comme tu le fais remarquer. Avec HOWARD, on ne raconte pas les affres d'un voyageur aux prises avec les maigres bêtes de la nuit ou se baladant dans les rues d'une cité non-euclidienne ; c'est vraiment cette focalisation interne et une anxiété latente qui caractérisent nos textes jusqu'ici. On aime bien et on se retrouve tous les trois dans le fait qu’il y ait un décalage entre des thèmes et des paroles assez sombres et une interprétation plus solaire, ça donne de la profondeur et ça conforte l’idée qu’on se fait de la musique, un joyeux exutoire.



Votre stoner sonne très vintage et plutôt seventies, et votre son reste assez clair. Les synthés vous donnent un aspect PURPLE… Quelles sont vos influences ?
Raph : De mon côté c’est bien DEEP PURPLE et THE DOORS qui m’ont vraiment donné le goût du rock, d’apprendre l’orgue de cette manière et de vouloir faire de la scène. Pourtant aujourd’hui j’écoute des choses et des genres extrêmement variés. Jimmy Smith pour l’orgue blues et groovy, Arnaud Rebotini pour les synthés vintage et dansants, John Carpenter pour ses thèmes de film incroyables. Bien sûr il y a toujours une belle part au rock avec TRUCKFIGHTERS, RIVAL SONS, BLACK MOUNTAINS et bien d'autres. Le choix est large !
JM : Pour ma part, je crois que j’ai tellement écouté de rock des années 70 quand j’étais petit que c’est rentré jusque dans mon cervelet. Je devais avoir six ans quand on m’a copié ma première cassette de PINK FLOYD, après je suis tombé dans LED ZEPPELIN, puis THE BEATLES... Depuis, j’ai beaucoup élargi mes horizons d’écoute, mais il y a quand même un tronc commun dans l'écriture et la composition qui me touche quels que soient les styles. J’aime avant tout les chansons prenantes, qui nous font bien ressentir l’émotion de l’artiste au moment de la composition. C’est davantage ça qui m’influence, les moyens d’expression de l’émotion, plutôt que le style musical de chaque artiste. Ces derniers temps, je suis particulièrement touché par l'ensemble de la discographie de GOJIRA, le dernier album de Mac Miller (NDLR : rappeur et producteur américain), « To Pimp a Butterfly » en 2015 de Kendrick Lamar, et Michel Legrand, j’ai un gros faible pour les Demoiselles de Rochefort.
Tom : On a été convenablement biberonnés aux gros costauds du rock des années 70 et à tous ceux qui n'ont cessé de s'en nourrir depuis. Que ce soit QUEENS OF THE STONE AGE, WOLFMOTHER ou encore ALL THEM WITCHES. On aime toujours beaucoup écouter ça mais on est aussi touchés par plein d'autres choses, plus ou moins calmes, plus ou moins barrées, parfois électroniques. Dernièrement, j'écoutais pas mal JUNGLE BY NIGHT, THE OSCILLATION, LUCY IN BLUE, TRICKFINGER ou encore LORN. Tout ça ne se retranscrit pas nécessairement dans le son de HOWARD mais on prend aussi beaucoup de plaisir à essayer de nouvelles choses et à laisser des portes ouvertes pour plus tard.
 


Si l'ensemble montre une grande maturité musicale, un des points forts est la voix de JM qui ne manque pas de rappeler Robert Plant. Où as-tu appris le chant ?
JM : Alors déjà merci, ça fait très plaisir ! Comme je le disais plus haut j’ai écouté LED ZEPPELIN depuis que je fais du vélo ou presque. Alors, forcément ça a fini par s’imprimer quelque part dans mon esprit... J’ai chanté assez tard au final, au lycée j’ai fait un Bac littéraire option musique lourde (en gros, 9h de musique par semaine, mêlant analyse musicale, histoire de la musique, et pratique du chant) et c’est mon professeur de musique qui m’a aidé à mettre la timidité de côté et assumer un rôle de chanteur lead. Il nous a donné des enseignements de base, sur la respiration surtout, mais je n’ai pas suivi de cours de chant à proprement parler depuis. Par contre, mon travail d’ingénieur du son m’a permis de rencontrer pas mal de chanteurs différents et de glaner des infos ici et là. C’est très enrichissant de tourner avec des groupes et de parler pendant les trajets. Je bosse par exemple depuis des années avec NO MONEY KIDS, et les mixer sur autant de concerts m’a énormément appris, autant en guitare qu’en technique vocale.

J'imagine que le COVID-19 vous a coupé l'herbe sous le pied, à commencer par votre release-party en ouverture de KADAVAR. Comment avez-vous vécu cette étrange période et comment l'avenir se profile-t-il ?
Tom : En effet, c'est un coup dur. Toutefois, une de nos deux dates avec KADAVAR est déjà reconduite en janvier 2021. Une belle soirée à la Maroquinerie avec KLONE et UNCUT à été reportée au 10 octobre, et des concerts un peu partout en France sur lesquels on continue à bosser sur la reprogrammation des dates qui ont sauté. On se dit que si on a réussi à mettre tout ça en œuvre, il n'y a pas de raison qu'on n'arrive pas à le refaire avec tout ce qu'on a appris et compris lors de cette étrange période comme tu le dis. On a finalement été très privilégiés tous les trois car l'épidémie a épargné notre entourage et on a pu se confiner ensemble avec assez de matériel pour composer. Pour ce qui est de l'avenir, écoute, le monde du spectacle vivant sort un peu la tête du terrier en matant prudemment comment son voisin se comporte. Il va falloir un petit temps d'ajustement mais ça finira par repartir et à ce moment-là, on sera prêts et on l'aura notre revanche.

Que retirez-vous de votre expérience de live-session en confinement ? Pensez-vous que ce genre de prestation virtuelle ouvre de nouvelles perspectives pour les concerts ?
Raph : C’était assez spécial, je pense qu’on l’a tous les trois ressenti de la même manière. On n’était pas plus motivés que ça à l’idée de faire un pseudo-concert sans public. On avait très peu de matériel d’enregistrement son et vidéo car on était partis pour écrire, pas pour tourner. Il a fallu trouver plein de solutions pour avoir un bon son avec l’aide plus que précieuse d’Arthur Gouret, notre ingénieur du son, que l’on avait au téléphone plusieurs fois par jour pour faire les réglages. Au final ça nous a appris qu’on pouvait faire beaucoup avec peu, juste en se creusant la tête. C’était donc enrichissant ! Gros plaisir lors de la diffusion en streaming à regarder défiler les commentaires. Au final, c’était une chouette expérience qui nous a sorti de notre zone de confort, avec un plaisir à retardement ce qui change des concerts où c’est simultané. On pense tout de même que rien ne remplacera le moment de communion entre un groupe et le public lors d’un concert digne de ce nom, mais avec les temps qui courent, ça force à trouver des idées pour continuer à divertir. Ce qui est essentiel en ce moment !

www.facebook.com/howardofficial
 

Blogger : Bruno Cuvelier
Au sujet de l'auteur
Bruno Cuvelier
Son intérêt pour le hard rock est né en 1980 avec "Back In Black". Rapidement, il cultive un vif intérêt pour le heavy metal et ses ramifications qui l’amèneront à devenir fan de METALLICA jusqu'au "Black Album". Anti-conformiste et novateur, le groupe représente à ses yeux une excellente synthèse de tous les styles de metal qui foisonnent à cette époque. En parallèle, c'est aussi la découverte des salles de concert et des festivals qui le passionne. L'arrivée d'Anneke van Giersbergen au sein de THE GATHERING en 1995 marquera une étape importante dans son parcours, puisqu'il suit leurs carrières respectives depuis lors. En 2014, il crée une communauté internationale de fans avant que leur retour sur scène en juin 2018 ne l'amène à rejoindre HARD FORCE. Occasionnellement animateur radio, il aime voyager et faire partager sa passion pour la musique.
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