7 décembre 2020, 15:05

Nathalie Dougal (WITCHES)

• Entre Metal et Romans Historiques

A l'occasion de la sortie du troisième album de WITCHES, « The Fates », nous nous étions entretenus avec Sibylle Colin-Tocquaine. Quand nous avions évoqué les origines du groupe et si elle avait encore des contacts avec ses anciennes comparses, elle nous avait dit que Nathalie Dougal était devenue écrivaine et publiait des romans historiques. Nous en avons profité pour prendre contact avec cette pionnière du metal français partie explorer l'univers des navigateurs du Nord venus peupler l'Ecosse...


Avant de parler de ton activité d'écrivaine, je te propose de faire un bond dans le passé pour nous raconter ton parcours musical avant de rejoindre WITCHES.
J'ai commencé à jouer de la guitare à 13 ans. A cette époque, j'aimais beaucoup TELEPHONE, TRUST, DEEP PURPLE et LED ZEPPELIN (que mon père écoutait). Dans ma famille, personne ne jouait d'instrument de musique et ne m'a poussé à en faire. Seulement, il y a un truc un peu étrange dans mon caractère. Quand j'aime quelque chose (la musique, en l’occurrence), j'aime mettre la main à la pâte, puis faire les choses par moi-même. Pour moi, c'était une évidence. Au début, j'ai pas mal galéré parce que je suis gauchère. A l'époque, il n'y avait pas grand choix en matière de guitares électriques pour gauchers. La seule marque qui en faisait, c'était Aria, et c'était hyper cher pour mon budget de collégienne. Je me suis donc rabattue sur la guitare classique jusqu'à ce que la somme de mon argent de poche, de mes Noël et de mes anniversaires me permette d'acheter une Aria Pro 2 (une grosse merde, soit dit en passant). Ca m'a bien pris trois ans. Entre temps, je suis passée de TRUST à IRON MAIDEN, METALLICA, EXODUS, SLAYER...
Au collège, je me suis liée d'amitié avec un gars qui connaissait Alex Colin-Tocquaine. Un jour, il m'a parlé de Sibylle en disant qu'elle apprenait à jouer de la guitare. Et dans ma tête, ça a fait tilt. J'en avais un peu marre de jouer toute seule dans ma chambre. J'avais envie de faire quelque chose de constructif. Du coup, j'ai demandé le numéro de téléphone des Colin-Tocquaine, et j'ai appelé Sibylle. Je crois que c'était en novembre ou décembre 1986. Sibylle et moi nous sommes rencontrées quelques jours plus tard à Nice. Et c'est comme ça que WITCHES a commencé.

Quels souvenirs gardes-tu de cette époque ? Pourquoi avoir quitté l'aventure ?
Je vais sans doute décevoir, mais les moments les plus mémorables pour moi restent les compositions à deux, dans le local, avec Sibylle.
C'était l'époque un peu craignos où on n'avait pas de batteuse et plus de bassiste. Étonnamment, Sibylle et moi n'en étions pas moins créatives. J'arrivais avec deux ou trois plans en début de répétition, et en fin d'après-midi ces plans étaient devenus un morceau. Alex nous dépannait à la batterie, et il découvrait le morceau en même temps qu'il le jouait. L'alchimie était tout juste parfaite. C'était magique. Curieusement, quand on s'est retrouvées avec un groupe au complet, cette alchimie n'était plus là. Évidemment, il est toujours moins facile de s'entendre à quatre qu'à deux et demi. Mais avant toute chose, je commençais à trouver l'univers du thrash/death metal un peu trop étroit pour moi. J'étouffais dans le registre musical de WITCHES. J'avais besoin de plus de diversité, d'élargir mon horizon. Comme je ne pouvais pas le faire dans WITCHES, il est arrivé un moment où j'ai crisé.


© Nathalie Dougal - DR

Quels sont ces autres univers musicaux que tu évoques ? As-tu eu l'occasion de les explorer ?
Durant mes dernières années avec WITCHES, j'ai découvert GUNS N' ROSES, puis FAITH NO MORE, que j'ai adoré. Par la suite, j'ai très vite viré vers le grunge : ALICE IN CHAINS, NIRVANA, PEARL JAM, SOUNDGARDEN... Tu sais, quand tu vois nos parents ou nos grands-parents marqués par les Yéyés, THE BEATLES, les ROLLING STONES ou le rock'n'roll. Pour moi, le grunge, c'est MA culture musicale. Celle que je continue à écouter et qui me fait vibrer comme si j'avais encore 25 ans. Les morts de Layne Staley, de Kurt Cobain, puis de Chris Cornell ont été pour moi de grands chocs, même si je me doutais que Staley et Cobain ne finiraient pas leurs jours dans un EHPAD. Pour ce qui est de Chris Cornell... Je me dis souvent que si cela était possible, sa voix devrait être inscrite au patrimoine culturel de l'humanité. Elle était unique à mes oreilles. C'est une perte inestimable. Fort heureusement, il nous reste Eddie Vedder que j'adore.

Tu sembles porter un vif intérêt pour Ricky Warwick et en particulier lors de la reformation de THIN LIZZY. Le connais-tu depuis l'époque THE ALMIGHTY ou tout simplement THIN LIZZY était-il un des groupes phares de ton adolescence ?
Concernant THIN LIZZY, j'ai un peu honte de le dire, mais non. J'ai souvent entendu, mais n'ai pas adhéré à THIN LIZZY du temps de Phil Lynott. Effectivement, Ricky Warwick est à l'origine de mon grand engouement pour THIN LIZZY. Je suis devenue une grande fan de THE ALMIGHTY avec la sortie de « Powertrippin' » en 1993. Une fan inconditionnelle capable de les suivre sur plusieurs dates en tournée, en France et à l'étranger. Leurs concerts étaient d'ailleurs l'occasion de faire une virée en Grande-Bretagne ou en Irlande. Après leur séparation, j'ai suivi Ricky Warwick dans toutes ses aventures, que ce soit avec sa carrière solo ou avec (sic), CIRCUS DIABLO, THIN LIZZY, BLACK STAR RIDERS, FIGHTING HEARTS.... J'ai d'ailleurs un peu hâte que les concerts reprennent. J'ai des places pour un concert d'HEILUNG qui est mon groupe du moment. Malheureusement, il sera probablement annulé du fait de la situation sanitaire liée à la COVID-19.

Venons-en maintenant à ton activité d'écrivaine et raconte-nous d'abord comment tu es passée de la musique à la littérature historique ?
Difficile de répondre. J’ai toujours été une grande lectrice, notamment de romans historiques. Il y a toujours eu des livres d’histoire chez moi. Depuis que je suis en âge de le faire, je pense avoir toujours lu et écrit. Il n’y a pas eu de transition entre la musique et la littérature, encore moins de rupture. A un moment donné, l’un a juste pris le dessus sur l’autre.

L'action de tes romans se passe en Ecosse à une époque où les rivalités entre les clans rythmaient le quotidien. Est-ce une manière de te replonger au cœur de tes origines ?
En effet, j’ai des origines écossaises. Mes ancêtres faisaient partie de la diaspora écossaise installée à Gênes à partir du XVIIIe siècle. A l’époque, Gênes était le port où transitaient tous les jacobites (révolutionnaires écossais) ainsi que les artistes venus étudier l’art à Rome. Au bout du compte, j’ai 13,6% de sang gaël (merci la grande mode des tests ADN). Pour le reste, ma passion pour la culture celtique et l’histoire de l’ouest écossais, et en particulier de la seigneurie des Îles, cela reste pour moi un véritable mystère ? Ça devait être inscrit dans mes gènes. J'ai procédé comme les saumons écossais, je suis remontée à la source.

Dans  ta première trilogie "La Mèche de Guerre des Mac Donald - Tome 1", tu racontes l'histoire du clan des Mac Donald dont les personnages principaux sont Eiblin et Iain ? Pourquoi ce clan et cette période ?
"La Mèche de Guerre" est un roman en trois tomes inspiré de faits réels. L’action se déroule durant la première révolution jacobite, à la fin du XVIIe siècle, dans un tout petit clan des Highlands. Les Mac Donald de Glencoe étaient les descendants de Somerled et des seigneurs des Îles. Leur histoire méritait à mes yeux d'être racontée, mais j'avoue avoir opté pour cette histoire pour une raison pratique. La première révolution jacobite et le massacre de Glencoe sont une période de l’histoire de l’Écosse extrêmement bien documentée et traitée par les historiens. Avoir toute la documentation sous la main était un véritable luxe, surtout pour un premier roman. Je me rappelle qu’à l’époque où j’ai écrit "La Mèche de Guerre", l’Internet se payait encore à la minute. Il n’était pas évident de contacter un historien ou un archéologue, comme je le fais aujourd’hui pour avoir une information.

Dans ta seconde trilogie "Per Mare, Per Terra" dont le personnage central est justement Somerled, qui est-il ? Pourquoi l'avoir choisi lui pour cette seconde trilogie ?
"Per Mare Per Terra" est donc aussi un roman en trois tomes, qui retrace l'incroyable destinée de Somerled Mac Gillebride, un jeune rebelle banni de son clan, qui renversa le souverain de son royaume et s'intronisa premier roi des Îles. Somerled est probablement le plus grand héros gaël médiéval. Il n’a rien à envier à un Charlemagne ou à un Soliman le Magnifique. C’était un chef qui ne faisait pas seulement preuve d’audace ou de courage, mais surtout un immense stratège capable de transformer tout obstacle en avantage. De plus, il a été un très grand roi. Sans son secours, la culture celtique dans les Hébrides et les Highlands auraient sûrement disparu. Si les Ecossais parlent gaélique encore aujourd’hui, portent le kilt, boivent du whisky et jouent de la cornemuse, ils le doivent en tout premier lieu à Somerled et à ses descendants seigneurs des Ïles.

Avec "Angus Mor" et "Angus Og", tu fais revivre Somerled, passant ainsi du roman historique au roman historico-fantastique. Pourquoi ce choix ?
Dans "La Mèche de Guerre" ou "Per Mare Per Terra", il y avait souvent un personnage secondaire guérisseur, sorcier ou devin qui prodiguait des conseils, mentionnait une prophétie ou quelques superstitions... J’ai parfois mentionné les anciens dieux. Néanmoins, mes personnages principaux restaient "terre à terre", sans grande spiritualité, toujours préoccupés par l’actualité. Après la sortie de "Per Mare Per Terra", je me suis aperçu que je n’avais pas suffisamment laissé de place aux croyances, aux rites et aux mythes dans mes ouvrages. Que ce soit au temps de Somerled ou d’Eiblin et Iain, les Highlanders et les Hébridiens vivaient avec des fantômes dans leurs châteaux et la peur des fées qui ravissaient les hommes dans la lande. Ils se méfiaient des chevaux marins qui peuplaient les profondeurs des lochs. Et tous les soirs, à la veillée, ils se racontaient l’histoire des anciens dieux, notamment des Gens de Dana... 
Bref, pour "Angus Mor" et "Angus Og", j’ai donc décidé de pallier ce manque et de mettre l’accent sur les croyances. La culture gaelle étant merveilleusement riche en folklore et en mythes, c'est un véritable bonheur que de jongler entre légendes et faits réels.

Et l'avenir, de quoi sera-t-il fait ?
Je ne suis pas une fille qui prévoit au-delà d'une semaine. J’espère juste que les concerts reprendront vite et qu’on ne finira pas notre vie avec un masque sur le nez.

www.editions-hy-breizhil.com
 

Blogger : Bruno Cuvelier
Au sujet de l'auteur
Bruno Cuvelier
Son intérêt pour le hard rock est né en 1980 avec "Back In Black". Rapidement, il cultive un vif intérêt pour le heavy metal et ses ramifications qui l’amèneront à devenir fan de METALLICA jusqu'au "Black Album". Anti-conformiste et novateur, le groupe représente à ses yeux une excellente synthèse de tous les styles de metal qui foisonnent à cette époque. En parallèle, c'est aussi la découverte des salles de concert et des festivals qui le passionne. L'arrivée d'Anneke van Giersbergen au sein de THE GATHERING en 1995 marquera une étape importante dans son parcours, puisqu'il suit leurs carrières respectives depuis lors. En 2014, il crée une communauté internationale de fans avant que leur retour sur scène en juin 2018 ne l'amène à rejoindre HARD FORCE. Occasionnellement animateur radio, il aime voyager et faire partager sa passion pour la musique.
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