Formé en 2016 à Portland dans l’Orégon, BLACKWATER HOLYLIGHT rompt avec le silence et revient avec un quatrième album intitulé « Not Here Not Gone », paru chez Suicide Squeeze Records. Cet album, qui paraît cinq ans après « Silence/Motion », résulte d’un profond changement : celui d’avoir quitté ses racines pour Los Angeles, qui offre un climat plus chaud. Cependant, ce déracinement est aussi celui où les musiciennes, privées de repères, ont profité de cet inconfort pour composer avec acharnement ces nouvelles chansons. Afin de se créer de nouveaux repères, elles ont privilégié l’exploration et laissé ces nouvelles compositions mûrir, laissant ainsi trois années s’écouler. Cette rupture contraste aussi avec l’urgence de la jeunesse ; ce laps de temps est aussi celui qu'il leur avait fallu pour sortir l'ensemble de leurs précédents albums. Le passage de la morosité à la lumière se traduit par des chansons centrées sur la patience et la dualité.
Entre les eaux sombres et la lumière divine, BLACKWATER HOLYLIGHT s'est offert l’expérience d’une plongée en eaux profondes pour mieux refaire surface. C’est dans cette démarche qu’elles se sont enfermées au Sonic Ranch, près d'El Paso au Texas, avec Sonny Diperri. En résultent dix titres qui proposent un subtil mélange de doom et de stoner, teinté de shoegaze. C’est ainsi que la densité des guitares s'associe parfaitement aux synthés de Sarah McKenna qui a depuis l'enregistrement quitté le groupe. Le tout est emmené par la superbe voix éthérée de Allison "Sunny" Faris. Tout commence posément sur l'interrogatif et mélancolique "How Will You Feel". Traitant d’une rupture, les guitares incarnent dans un premier temps la pesanteur de la situation, puis la douceur interrogative du chant permet de dédramatiser cette situation pour déboucher sur des nappes de synthés qui laissent entrevoir une forme de libération.
Les claviers se font moins présents sur "Involuntary Haze", la lourdeur des guitares et le chant donnent l’impression que le personnage principal avance involontairement dans un avenir incertain. Plus rythmé, "Bodies" est entraînant et addictif. Bien moins lourd que ses prédécesseurs, "Heavy, Why?" est superbement psychédélique. L’instrumental "Giraffe", rythmé par David Andrew Sitek, marque une rupture stylistique hypnotique, suivi de l’inquiétant "Spades". Commençant sur le duo basse-voix, "Void To Be" sonne comme une fenêtre lumineuse qui laisse entrevoir le plaisir de combler le vide laissé par l’absence. Puis, c'est une profonde tristesse qui commence avec le lancinant "Fade" sur lequel les guitares et les claviers viennent donner du relief au titre. Une tristesse qui se poursuit avec la lourdeur de "Mourning After", rythmé par une basse lancinante. "Poppyfields" ferme en beauté cet album. Sept minutes sombres, inspirées par les incendies californiens, où les blast-beats et les influences black metal rappellent que tout paradis est éphémère.
Si cinq ans se sont écoulés depuis la sortie de « Silence/Motion », Allison "Sunny" Faris (basse, chant), Mikayla Mayhew (guitare) et Eliese Dorsay (batterie) ont su exploiter cette période de silence pour ne pas rester immobiles, afin de trouver au plus profond d’elles-mêmes l’inspiration pour réaliser un disque d’importance qui fera, à n’en pas douter, date dans leur carrière.