Si la part belle est encore laissée aux claviers (il faut néanmoins replacer le disque dans son contexte) force est de constater que la symbiose entre les orchestrations (une section rythmique à couper le souffle) et les textes de Neil Peart est remarquable. C'est désormais une habitude chez Rush depuis Moving Pictures, leur plus grand succès commercial. Les grandes plages progressives ont été, on le sait, abandonnées depuis quelques années déjà au profit de compositions beaucoup plus concises et efficaces. Cependant, même si le titre le plus long (« Territories ») excède à peine six minutes, le traitement reste globalement toujours progressif dans l’âme, « Manhattan Project » ou « Emotion Detector » en étant sans doute les exemples les plus caractéristiques (passage atmosphérique, entrée progressive d’un riff imparable, breaks à fusion…).Des messages politiques engagés sont distillés ça et là (engagement anti nucléaire, ambiguïté du pouvoir des media, de l’argent, prédominance injuste des nations riches sur les autres…) servis par une maîtrise technique qui laisse pantois ceux qui découvrent le groupe. On regrettera seulement que les guitares d'Alex Lifeson soient un peu noyées dans une production aussi datée aujourd’hui qu’elle était coutumière et "branchée" à l’époque.
« Mystic Rhythm » (devenu par la suite un des hymnes de concert) clôture somptueusement cet album tout en mettant un terme à la période « synthétique » du groupe.