
Il est des injustices qui se doivent d’être réparées. Et la méconnaissance de ce groupe par les amateurs de rock (je dis amateurs au sens large du terme car je parle aussi bien des rockers à banane et gomina – si si, il en reste – que des hardos patchés et cloutés) est une infamie sinon une hérésie. Car THE ROYAL COURT OF CHINA a tout simplement sorti l’un des meilleurs albums rock de tous les temps en ce début de l’an de grâce (land) 1989. A cette époque, le grand frère d’un ami achetait tout ce qui sortait, j’ai bien dit TOUT. J’ai donc pu en même temps qu’eux découvrir nombre de formations obscures dont les albums étaient estampillées d’un autocollant culte à cette époque et que l’on trouvait alors en bacs à la FNAC et feu-Virgin avec pour seule inscription dessus le mot "IMPORT". Et ce disque l’avait. De toute façon, cet album a tout. Suivez le guide !
Après un album éponyme en 1987 qui oscillait entre surf-rock, ambiances 70’s et réminiscences folk, un disque fort bien troussé certes mais un peu fourre-tout, le gang fait appel pour retourner en studio à une pointure, un cador, bref une légende chez les producteurs, j’ai nommé Mr Vic Maile. Cet homme a travaillé avec entre autres Jimi Hendrix, LED ZEPPELIN, MOTÖRHEAD (pour lesquels il produira « Ace Of Spades » notamment), THE KINKS, FLEETWOOD MAC ou encore Eric Clapton, rien que ça, et il décèdera malheureusement peu de temps après l’enregistrement de ce « Geared & Primed ». Et finir sa carrière avec un album qui tue, excusez du peu mais ça en jette je trouve. Les sessions ont lieu aux studios Sound City qui sont alors équipés d’une console légendaire (rachetée bien des années plus tard par Dave Grohl et dont l’histoire ainsi que celle de ces studios mythiques auxquels elle appartenait ont fait l’objet en 2013 d’un film et d’un disque, c’est dire l’importance de la machine et des lieux).
Par la même occasion, le groupe se reprend en main et durcit le ton en composant 10 brûlots bruts de fonderie, qui en 36 minutes seulement redéfinissent le concept du rock'n’roll. Eh ouais ! Du premier au dernier titre, rien n’est à jeter et le disque se paie également le luxe d’avoir une constance dans la qualité de ses morceaux qui en serait presque agaçante si ce n’était pas aussi bon et jouissif à écouter. La voix frottée au papier de verre et arrosée de bourbon de Joe Blanton associée aux soli acérés de Jeff Mays font des merveilles. Des merveilles que dis-je, des miracles oui !
La vidéo du titre "Half The Truth" bénéficie de guest-stars en la personne d’un certain Sam Raimi à la réalisation. Ce nom ne vous dit rien ? Sachez alors qu’il est responsable de la cultissime saga gore Evil Dead ou plus tard des premiers Spiderman et il s’éclate ici à tourner un clip cheap et typiquement "MTVisé". Le producteur lui, a pour nom Bruce Campbell. Cela ne vous dit rien non plus ? Allons allons ! Et si je vous dis Ash Williams, le héros à la main-tronçonneuse de la trilogie Evil Dead ? Ah ben oui, tout de suite ça cause.
Malheureusement, l’année 89 fut une année tellement faste en termes de sorties d’albums rock et metal en titane que ce disque, certainement peu soutenu par sa maison de disques, passera complètement inaperçu et ne rencontrera jamais le succès qu’il méritait et aurait dû avoir. THE ROYAL COURT OF CHINA cessera alors ses activités après ce chef d’œuvre tel un génie incompris au grand dam du peu d’initiés au courant de son existence. Cependant, j’ai ouï dire qu’une réédition serait dans les projets à venir d’un label spécialisé. En espérant que cela se concrétise et puisse enfin rendre justice à cette formation qui, à l’heure du succès de groupes tels que RIVAL SONS, saurait en faire baver plus d’un en leur donnant une bonne leçon de – vrai – rock'n'roll ainsi qu’un bon coup de pied dans les burnes au passage. Et bien le bonjour chez vous !

