25 novembre 2021, 18:40

DEATH ANGEL

Interview Mark Osegueda


Mark Osegueda, le chanteur de DEATH ANGEL, nous a parlé du dernier album live du groupe intitulé « The Bastard Tracks », un recueil métallique et acoustique de chansons rares ou jamais interprétées du célèbre répertoire de DEATH ANGEL qui sort en numérique, CD, vinyle et Blu-ray ce vendredi 26 novembre. Enregistré en live au Great American Music Hall de San Francisco, la ville natale de DEATH ANGEL, le 22 mai 2021, et diffusé en livestream peu de temps après. Osegueda, avec sa bonne humeur communicative et son plaisir absolu à exprimer son art, évoque également tout son environnement musical et émotionnel. Un moment virtuel... mais formidable !
 

Présente-nous ce nouvel album intitulé « The Bastard Tracks »...
Il s’agit d’un ensemble éclectique de chansons de DEATH ANGEL rarement ou jamais jouées en live ! Nous l’avons fait tel quel, la production est sauvage, crue. Nous n’avions pas prévu de sortir ce concert en livestream sous forme d’un produit différent. Et puis, nous avons lu les commentaires envoyés pendant le concert et les gens étaient heureux, appréciaient le son. Ils nous disaient : « S’il vous plait, sortez-le en support physique ! ». Nous avons alors écouté attentivement ce que nous avions fait. C’était brut, mais du bon brut ! Nous nous sommes dit : « OK, on le sort ».    

Parlons justement du choix de ces chansons... 
Et c’était dur. Comme je te l’ai dit, nous ne voulions quasiment que de l’inédit. Nous avons utilisé nos réseaux sociaux, interrogé les fans en leur demandant leur avis. Nous nous sommes réunis tous les cinq et avons sélectionné les titres qui avaient remporté le plus de votes. C’était compliqué, car personne dans le groupe n’avait les mêmes choix. C’était plus facile avec les réseaux sociaux, mais chaque membre a tout de même donné son avis (rires) 

"Where They Lay" est le premier extrait de cet album...  
Je ne crois pas que nous l’ayons joué une seule fois. Peut-être... Ça a été une demande importante par les gens sur les réseaux sociaux. C’est un titre de l’album « Relentless Retribution » et définitivement un retour au son thrash metal datant de 1984 et la structure, le phrasé, le déroulé, c'est du pur thrash, mec ! Je me suis éclaté à jouer ce titre et surtout à le chanter à la façon de Rob Halford de JUDAS PRIEST, par moment, en poussant des cris de dingue ! J’adore faire ça ! C’est super fun. C’est vraiment cool d’avoir joué tous ces titres et cela se répercutera sur nos futures set-lists. Ça a déjà commencé d'ailleurs, nous avons récemment participé à un festival à Sacramento, notre premier concert depuis deux ans, il y a plusieurs semaines. Nous avons ouvert ce show de 30 minutes avec "Where They Lay" et le public était étonné et s’est dit : « Que se passe-t-il ? » C’était très positif en terme d’effet, sur nous et sur le public.


As-tu des souvenirs de la période où vous avez écrit des chansons comme "Lord Of Hate" ou encore "Fallen" que l'on retrouve notamment sur « The Bastard Tracks » ?
Absolument ! Lorsque nous avons enregistré "Lord Of Hate" (présent sur « Killing Season », 2008 - Ndlr), nous étions en Californie du Sud, dans les studios de Dave Grohl, avec notre producteur Nick Raskulinecz. Rob Cavestany est arrivé avec un riff. Je voulais écrire sur le thème du pouvoir, un truc sur les politiciens et l’abus de pouvoir. Tout était écrit : musique, paroles, mélodies. Nick, Rob et moi avons écouté le truc et là, Nick nous dit qu'il manque un refrain. Nous lui avons dit : notre pré-refain est le refrain et la suite est instrumentale. Et c'est là qu'il nous dit : « Quoi ? Non, faites un refrain ! » « Euh... OK » (rires). Est arrivé ensuite "Lord Of Hate" (il chante le refrain). Ce refrain est vraiment arrivé en fin de course. Nous nous sommes dit : « Ah ouais, le producteur a raison ». Je me souviens bien de cette époque. Je me rappelle aussi très bien du titre "Fallen" sur l’album « The Dream Calls for Blood » en 2013. Nous étions dans le sud de la Floride. Jason Suecof produisait l’album. Cette chanson a été écrite dans une période compliquée pour moi. Une véritable transition dans ma vie. J’étais dans un période sombre, d’autodestruction. C’était un mauvais chemin que je prenais. J’ai donc écrit sur comment se sortir de toute cette période autodestructrice. Et il y a de bons moyens d’y faire face !

C’était comme une thérapie ?
Absolument. Une thérapie. Ecrire, créer, écouter, jouer de la musique est une thérapie. Ça m’a aidé dans les périodes les plus difficiles de ma vie, mais aussi dans des périodes magnifiques, tu sais...

Pour en revenir au choix des titres en concerts, après toutes ces années de carrière, comment faites-vous pour trouver le consensus ?
C’est toujours super compliqué à faire. Pour nous ou quand tu vois les autres groupes, même backstage, chacun y va de ses arguments (rires). Nous essayons toujours de mettre trois nouvelles chansons dans la liste des titres que nous sélectionnons, soir après soir. Rob vient habituellement avec la set-list principale. Nous pouvons varier d’un concert à l’autre, mais c’est mineur ce que je peux proposer. Cependant, année après année, avec les sorties d’albums, cela devient de plus en plus difficile, crois-moi ! De nouvelles chansons prennent le risque de chasser des classiques.
 


​L'expérience d'un concert en livestream, tu as apprécié ?
Cela m’a fait plaisir, car nous avons joué live. Nous en avions besoin, vraiment. Mais ce qui était bizarre, c'était l’absence de public. Ceux qui me connaissent savent qu’en tant que performer, je me nourris de l’énergie du public. J’adore ça. C’est mon truc comme beaucoup d’artistes. Ce qui était bizarre, c’était que quand nous finissions une chanson, il n’y avait aucun bruit. Le silence absolu (rires). Nous nous regardions tous les cinq à chaque fin de titre et nous nous disions : « C’était bien ? On a tout déchiré ? » (rires). Je me suis éclaté, mais c’était étrange.

C’était quoi ta vie pendant la période dure de pandémie ?
Bizarre. J’ai écouté une tonne de musique du matin au soir. J’ai restructuré ma vie. La vie nocturne a disparu. J’ai connu les matins et c’était super. Je n’avais vraiment jamais connu les matins depuis un certain temps (rires). Mes matinées, ce n’était pas avant 11 heures avant. Je me lève maintenant vers 6-7 heures du matin tous les jours. Pendant le confinement et les différentes périodes de l’épidémie, après avoir bu du thé, j’allais faire de longues marches. Ça m’a fait un bien fou au niveau du mental. Je n’ouvrais pas un e-mail avant d’avoir eu ce petit rituel. Ça me préparait pour la journée. Tout roulait dans ma tête ensuite (rires). Ce genre d’exercice est vraiment bon pour la santé physique et mentale. 

Comme tu l’as rapidement évoqué, vous avez enfin joué en concert devant un public, il y a peu de temps. Quelles émotions as-tu ressenti ?
Je ne le dirai jamais assez : c’était énorme, fabuleux, gratifiant. Les visages des personnes dans le public me faisaient sentir que j’avais fait le bon choix professionnel. Cela nous a montré aussi à quel point les fans, le groupe, les concerts nous avaient manqués et nous manquaient. La sensation était énorme. J’en avais besoin et j’ai hâte de retourner sur scène.

Et pour le groupe ?
Enorme aussi ! Tu nous aurais vu backstage. Entendre le public qui hurlait était fabuleux. Tout était merveilleux

Quelles sont les perspectives d'avenir pour DEATH ANGEL live ?
Nous étions censés être sur la route avec la tournée "Bay Strikes Back", mais elle a été reportée. Nous tournerons avec EXODUS et TESTAMENT en avril/mai prochains aux States. Nous ferons les festivals d’été en Europe. Ce line-up global de tournée est top. Nous ferons sûrement une deuxième étape de tournée en Europe, aux USA, en Asie par la suite. Nous verrons bien.

Avez-vous composé du nouveau matériel pour un album studio ?
Nous en sommes à un stade embryonnaire, mais je te dirais oui. Rien n’est prêt encore. 

Mon dernier concert avant le début de la pandémie, c'était DEATH ANGEL avec EXODUS et TESTAMENT début mars 2020 à Paris. Te souviens-tu de ce concert ? 
Bien sûr ! C’était fabuleux, spectaculaire. Le concert était extra, ma journée avant aussi, tout comme la soirée après. Le public était fou. Une grosse communion entre nous et le public. A chaque fois que DEATH ANGEL joue en France, nous avons un incroyable accueil mais là, avec EXODUS et TESTAMENT sur la même affiche, c’était encore plus fort. Chaque groupe regardait l’autre jouer depuis le côté de scène. Et Kirk Hammett était en vacances à Paris. Nous avions déjeuné ensemble ce jour-là. Puis, pendant le concert, lui et moi avons regardé EXODUS et TESTAMENT. Les autres groupes ont regardé notre show. Après, nous sommes partis dîner, avons fait la fête entre nous, jusqu’au départ de notre bus ! C’était un concert incroyable avec une énergie spectaculaire dans le public, sur scène et backstage. 

L’année dernière, vous avez sorti un EP acoustique intitulé « Under Pressure » avec la magnifique reprise de QUEEN... 
Merci ! C’est une autre façon dont Rob et moi chantons ensemble. Pour cet EP, nous avons écrit notre première chanson acoustique tous les deux, "Faded Remains". Il y a des titres acoustiques sur notre dernier album live, aussi. Nous sommes partis sur "Under Pressure", c’était fou ! Rob voulait qu’on essaye de la faire. Je me suis dit : « Je vais chanter les parties de Freddie Mercury, waouh ! ». Mercury est mon chanteur préféré de tous les temps. Nous l’avons répétée, répétée, répétée et enregistrée. Les gens ont apprécié le titre comme nous avons apprécié de le faire, vraiment ! C’était tellement bon de rendre hommage à un artiste que l’on aime. Cette chanson reflétait aussi la période que nous vivions. Personne ne savait comment gérer ces confinements, cette pandémie, et nous l’avons fait tous ensemble. Cette chanson est très fort émotionnellement, tu vois ce que je veux dire ? Avec cet hommage musical, nous nous sommes dit, c’est ce que les gens ont besoin d’entendre maintenant.

Tu chantes "America For Sale" avec Kirk Hammett sur « Blessings And Miracles », le dernier album de SANTANA. Raconte-nous cette collaboration surprenante…
(super content) Yeah !!! Je suis sur le dernier album de SANTANA et je chante "America For Sale". Un jour, je reçois un e-mail avec comme objet : « Carlos Santana pour Mark ». Je me dis : que se passe-t-il ? Je clique et il y a un message du management qui dit : « Salut, Carlos Santana souhaiterait échanger avec vous pour une chanson de son prochain album. Pourriez-vous nous dire ce que vous en pensez ? ». Je réponds en laissant mon numéro de téléphone. Quinze minutes plus tard, mon téléphone sonne. Je ne reconnais pas le numéro, je décroche et c’était… Carlos Santana ! Mes mains commencent à trembler. Carlos est super enthousiaste. Moi, je ne sais plus où je suis ! Tu ne sais pas ce qu’il représente pour moi. Je ne peux même pas imaginer que je suis en train de parler avec lui ! C’est une icône dans la Bay Area et au-delà. J’ai grandi ici et il a une image très forte.
Avec mon héritage latin, c’était encore plus fou pour moi ! J’étais plus qu’honoré et donc je lui dis : « Oui, bien sûr, tu peux compter sur moi... Ce que tu veux, je ferai tout et serai au studio ! » Après avoir raccroché avec lui, j’étais tout chamboulé. Je pleurais, je criais de joie. J’ai même appelé mes parents pour leur raconter ! Travailler avec lui en studio, c'était incroyable. C’est un homme plein d’énergie, généreux. Il a une vision de la vie qui est magique. Comme je te l’ai précédemment dit, pendant les confinements, nous avions besoin de titres comme "Under Pressure" ; eh bien, nous avions aussi besoin de plus de personnes comme Carlos Santana (rires). C’était un vrai honneur pour moi de chanter sur son album. Il y avait également mon super ami de toujours Kirk Hammett qui s’est partagé les solos de guitare avec lui sur ce titre. C’était fabuleux. De la magie. Un honneur absolu !

Je reviens un peu dans le temps : as-tu une anecdote ou un souvenir particulier qui te revient de la période 1980-1990 ?
Plein ! (Rires) Regarde la pochette de l’album « Frolic Through The Park », c’est un souvenir drôle... (il réfléchit) Il y en a vraiment plein. Je me souviens de ce van qui nous transportait partout et qui tombait en panne tout le temps. Nous dormions juste à côté, c’était l’été, il n’y avait pas la clim'. Nous étions motivés pour jouer partout. Nous étions des ados et il y avait des gars comme nous dans le public et même des gens plus âgés. Quand je repense à ces périodes où ce n’était pas évident tous les jours, je ne ressens que des choses positives.

Plus fun, ce serait quoi ton top 5 des albums toutes époques confondues ?
Dur ! Laisse-moi réfléchir… THE WHO : « Who’s Next », QUEEN : « Sheer Heart Attack », JUDAS PRIEST : « Unleashed In The East », UFO : « Strangers In The Night » et BLACK SABBATH : « Sabotage ».

Pour conclure, une question récurrente dans mes interviews : as-tu ce que j’appelle une addiction positive ?
Bien sûr, j’en ai une. C’est jouer live. C’est vital pour moi. Quand je n’étais pas sur scène, j’essayais de voir comment gérer ce "manque" d’énergie. Cela pouvait être de bonne ou de mauvaise façon. Maintenant, je ne le fais plus comme ça : je suis dans le moment présent et j’attends de voir venir les choses.
 

Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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